Hors Les Murs > ethiopia

Contre ses quelques mètres de haut, la métropole gondarienne se percute. C’est une frontalité de plein fouet, dure et aveugle. L’enceinte du Fasil Ghebi est un morceau de la ville bouillonnante qui l’entoure alors qu’elle forme dans sa totalité une enclave infranchissable sinon impénétrable. Quelques portes réparties en permettent le franchissement : c’est une victoire locale seulement, à l’heure des messes épiscopales ou des horaires de visite du complexe royal. Nul doute qu’elle a gardé son intégrité globale depuis des siècles… 

Depuis Mesquel Square, je marche le long de l’enceinte royale. Elle expire cinq siècles de protection du peuple et inspire autant d’enfermement de la famille impériale ; elle donne à voir la robustesse indéniable d’une culture éthiopienne millénaire et la fragilité partielle d’une contemporanéité encore mal contrôlée.

DSC_0246Ce que renferme les remparts en leur sein aujourd’hui est l’exacte contraire de ce qui se vit hors les murs : la quiétude bucolique et la sérénité pittoresque est à l’intérieur ce que l’ébullition urbaine et la frénésie sociale est à l’extérieur : un opposé presque bouleversant, salvateur lorsqu’on s’enfonce intramuros ; déroutant lorsqu’on se dirige extramuros…

Dans l’enceinte royale, tout est de pierre : Le mur devient une fraction à l’échelle humaine et le bloc rocheux une fraction à l’échelle manuelle. Petit à petit, la superposition et l’empilement créent le volume physique imaginé. La construction prend forme et les châteaux impériaux s’érigent doucement, un par un, hors de terre… Le ciel céruléen entre alors en tension avec le vert végétal et la pierre tellurique, si bien que ces trois couleurs dominent largement l’esprit du lieu…

DSC_0011Chaque mètre linéaire de son impassible déploiement urbain est un agencement nouveau de son appareillage de pierres : le liant change passant de la terre rouge à la chaux blanche quand l’organisation pierreuse trouve de nouvelles formes d’arrangement. Sa ligne de crête est tantôt parfaitement horizontale, tantôt crénelée aux endroits où il devient autre chose qu’un mur : une ruine partielle ici, une maison intégrée là, une entrée dérobée ou un contrefort inattendu créent le dynamisme d’une entité vivante en constante modification, réfection, construction…

DSC_0023En observant cet ouvrage de plus près, les details qui jusqu’alors se fondaient dans la texture maçonnée générale, finissent par se lire au grand jour ! Les lignes de force horizontales, verticales ou diagonales s’il en est, se dessinent plus fortement comme pour s’assurer de sa stabilité relative et de son omniprésence. Bien sûr il n’est pas régulier : 500 ans d’existance en on fait une accumulation de savoir-faire, une mémoire des techniques de construction, une collection d’emplois de matériaux différents, un témoignage de visions du monde, un récit de drames et de passions de la cours impériale éthiopienne,… le tout à travers les âges et à des moments précis de son histoire.

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